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LIVRES NOUVEAUX

Lorenzo Cecchi, Comme un tango, Bruxelles/Mons, Traverse/Couleur livres, 2021, 288p. (20 €)

Souvenirs picaresques d’un fils d’immigrés italiens au pays Noir

Si vous n’êtes pas rebuté par le criard de la couverture (dont la présence se justifie par un chapitre de la fin du livre), vous pourrez entrer découvrir une galerie permanente de personnages pittoresques. C’est qu’il y en a dans cette famille italienne qui va migrer en Belgique au cours des années 1950. Vraiment, ces méridionaux qui débarquent dans le nord, ils vivent autrement.

Le narrateur, ici, est aussi l’auteur. Ses parents viennent de la campagne ensoleillée et se retrouvent dans des villes pluvieuses au pied des terrils du bassin de Charleroi. Ce sont des migrants, exilés volontaires venus malgré eux par manque de travail au pays natal. Car Osvaldo le balayeur municipal avait un jour décidé de partir avec son copain Giovanni pour mieux gagner sa vie.

Et c’est le début de l’aventure familiale. Avec un ancrage belge pour le boulot et d’épisodiques aller-retour à la région d’origine, de quoi aligner des épisodes plus ou moins épiques, drolatiques où les victuailles, le vin et la convivialité tiennent bonne place. Des anecdotes mêlent l’existence à l’ancienne et les mœurs du présent. Elles détaillent les astuces inventées pour trouver de quoi manger moins rudimentaire, économiser de l’argent par un peu d’élevage ou de fabrication de fromages, agrandir un peu le logement trop exigu pour y vivre en tribu en un temps où « le commerce se faisait sans factures, sans contrôles ni prélèvements fiscaux. », tout cela pratiqué en «activité clanique ». Une description amusée dans un décor de fond dramatique, celui du travail minier et celui du désastre de la tragédie du Bois du Cazier en 1956.

La descendance, par la plume de Cecchi, nous embarque ensuite dans les décennies 70-80. Ce sont les lieux festifs carolos (Le Tube – La Broc et ses avatars – le Café Moro –Le Prince Baudouin – Les Colonnades…), le rock, les maisons de jeunes comme La Brique, les idées de mai 68, la cité de La Grande Chenevière…

Davantage qu’une œuvre littéraire, ce livre, agencé comme un pêle-mêle par un auteur n’ayant pas tenu compte, dit-il, des « réticences de mon éditeur », est un témoignage autobiographique, un document sociologique qui en dit long sur l’immigration, l’évolution des mentalités dans un Hainaut en mutation, le passage du prolétariat à la classe moyenne, une esquisse du règne esthétique du groupe Maka et surtout une portion de nostalgie à propos du Charleroi d’autrefois, celui de la jeunesse belge de l’auteur.
Michel Voiturier
(09.02.2022)

 

https://www.areaw.be/lorenzo-cecchi-comme-un-tango-bruxelles-mons-traverse-couleur-livres-2021-288p-20-euros/?fbclid=IwAR0ASUvPHc9EMRSVbnMYn6GMmCugk7vHTD8iPNO4RDgF00iuhLkoRNCFsp0

 

 
Comme un tango

L'AS-TU LU,LULU? par Nous on l'a lu, le 09 février 2022

Avez-vous déjà lu Lorenzo Cecchi ?
C’est un inventeur d’histoires et ces histoires sont plus ou moins vraies, plus ou moins fausses.
C’est aussi un amoureux de la belle écriture, de l’obsession du mot juste, de l’équilibre de la phrase, de l’adjectif choisi. C’est enfin un écrivain un peu nostalgique, tendre, un rien romantique qui s’en défend avec la hardiesse de ses faux témoignages; pour un peu, il s’adonnerait à la poésie.

Alors, quand il raconte les événements qui ont marqué la vie de sa famille, il nous convie à entrer dans le labyrinthe des sentiments, des émotions, du vécu protéiforme de ses personnages avec un fil d’Ariane pour que l’on s’y retrouve. Ce fil nous permet de danser avec lui et c’est un tango: « une danse d’improvisation, au sens où les pas ne sont pas fixés à l’avance où les partenaires marchent ensemble vers une direction impromptue à chaque instant » (Wikipedia).

Nous voici donc à cheminer avec ses parents italiens migrant à Charleroi. Ils construisent leur avenir comme ils construisent leur maison: avec méthode et volonté inébranlable de s’en sortir. Ainsi l’auteur prend peu à peu sa place et réussit un parcours de vie à la fois classique dans sa scolarité et plein d’imprévus et de bifurcations heureuses dans sa vie.

Ce livre est autant un récit autobiographique qu’une fable morale surfant sur les acquis de solidarité familiale et d’amitié. Il questionne plus, me semble-t-il, la transmission intergénérationnelle que l'événement migratoire. Il interroge le lecteur sur le propos de René Char concernant un héritage sans testament (sans testament aucun passé n’est assigné à l’avenir). Selon l’auteur, sa force réside plutôt dans l’intégration des valeurs transmises porteuses de son identité. Il termine d’ailleurs son récit-roman par cette phrase: «…il me fallut des années pour comprendre.»

Cher lecteur, tu es convié au bal, il est agréable à vivre et, «… à la fin de la musique, tu quittes la piste et tu t’en vas. »,…et te voilà enrichi.

Etienne Marlier

https://www.entreleslignes.be/humeurs/l-tu-lululu/comme-un-tango?fbclid=IwAR1MS_SDRnuef3Ns7GRvLGqh5t_5L-5AcmjcVoAJUpQoq6hXpiAXYgcn4cw

 

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